La corolle du nénuphar (éditions Pays et Terroirs, 2016)

Décidément, il fait gros temps sur la langue française...

 

La réforme de l'orthographe, depuis vingt-six ans, on s'en passait fort bien. On l'avait même oubliée. C'est un serpent de mer qui reparaît à dates fixes, particulièrement quand la houle est forte et les passagers agités. Mais ce qui m'a mise de fort mauvaise humeur, c'est qu'elle va s'appliquer cette fois-ci aux manuels scolaires, qui risquent donc de contaminer toute une génération d'élèves.

 

Or les vraies urgences sont ailleurs. Le bricolage qu'on nous propose ne changera rien aux énormes, aux gigantesques problèmes de cette génération devant les règles les plus simples et les plus essentielles: celles qui commandent la pensée logique. Celles qui permettent de distinguer masculin et féminin, singulier et pluriel, sujet et verbe.

 

Par ailleurs, une langue est un organisme vivant. Y toucher sans réflexion, c'est s'exposer à des conséquences imprévisibles. Certes, le médecin peut décider de l'ablation de l'appendice ou de la vésicule biliaire, si le corps a fait savoir que cette intervention était nécessaire. Mais qui, à part le faux médecin du Malade Imaginaire, aurait l'idée de crever l’œil droit du patient pour que l’œil gauche y voie plus clair ?

 

Notre langue est belle, et précise. Elle s'offre parfois des fantaisies, comme toute coquette sûre de ses charmes. Elle est capable de s'enrichir toute seule, d'intégrer des kyrielles de mots nouveaux, d'inventer des constructions audacieuses. La réformer de façon volontariste, selon moi, c'est la preuve d'une présomption monstrueuse: c'est la mutiler, la gauchir et la dénaturer.

 

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